Le BATEAU 2013

Arrivé à Pondichéry en Décembre 2012 une semaine avant la fin du monde selon le calendrier Maya, je me suis installé dans une chambre d’hôte. Du dernier étage, je voyais l’océan au loin et au premier plan un chantier naval délabré, un terrain de criquet et un tas d’ordure.

 

Je contemplais les corbeaux, les chiens et les cochons noirs se battrent autour des détritus fraichement jetés des trois étages en dessous. A mi distance une grosse épave rouillée attendait de se faire réparer sur la berge d’une rivière d’égouts. Des formes décharnées squattaient autour de la fumée d’un feu de sacs plastiques.

 

Ces cochons, chiens et corbeaux, je les ai dessinés dans mon journal. Je lisais à ce moment là des traductions de l’Avaita Vedanta où l’illusion du monde est un océan dangereux (samsara) que l’âme incarnée (jiva) doit traverser; le corps et la vie sont le bateau. Ce bateau rouillé et pourrissant majestueusement sur la berge d’égouts s’est imprimé dans mon esprit et dans mes croquis. Emergea alors une nouvelle série où un personnage tire un bateau sur le sol, le porte sur sa tête ou s’y assied en compagnie d’un cochon. La mélancolie et l’aridité des paysages indiens et australiens émergent dans ces œuvres.

 

Je me suis dépeins dans les toiles. Si je m’identifie au pèlerin en quête de spiritualité ou à l’artiste au travail?, en Inde, je suis touriste, consommateur de biens et de services. Dans ma vie quotidienne j’achète des vêtements, des films, des billets d’avion, du vin …Je suis le méchant des films catastrophe. Je suis accro à tout et n’importe quoi : action, divertissement, frissons, information, stimulation et simulation. Je veux être chauffé sans aller couper le bois, je veux manger sans chasser, cultiver ou cueillir.

Comme j’exécutais ces toiles, de retour à Darwin, des réfugiés Afghans, Iraniens et Sri-lankais (entre autre) débarquaient en Australie pour y chercher l’asile. Considérés comme illégaux par le gouvernement Australien, ils étaient emprisonnés. Les traitements cruels et inhumains infligés à mes congénères m’ont révoltés. A l’exception des indigènes (qui sont arrivés il y a au moins 60 000 ans), l’ensemble de la population australienne a immigré depuis …moins de 200 ans.

 

J’ai honte que l’Australie, terre d’immigration, ferme ses portes à ceux qui fuient les persécutions, la tyrannie et la guerre dans leur pays d’origine.

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